Impossible d’être francilien et de ne pas savoir ce qu’il se trame le 5 Avril, a longueur de bus ou de Uber, de fredonnements ou des conversations de terrasse, il n’y a que les noms de NOS et Ademo dans la bouche de cette ville. Deux ans après Dans La Légende, une présence non concrétisée sur le line-up de Coachella et un premier assaut sur les masses du monde entier, Deux Frères était destiné à être un coup d’éclat massif pour concrétiser leur assise sur le rap français et les faire rayonner sur le monde entier. 16 titres pour quadriller tous les thèmes qui ont fait d’eux les narrateurs dans lesquels se retrouvent une bonne partie des 16-27 ans: la survie, la tristesse, les doutes, les remords et la rage, l’amour familial, la loyauté, la solitude, tout y est.

L’album s’ouvre sur le dernier titre/clip à avoir monopolisé les conversations depuis sa sortie: Au DD. Le retour des deux frères dans leur jungle, en haut du trône comme de cette tour, comme de ce game. Des images si spectaculaires qu’elles ne quitteront plus jamais l’imaginaire de ce son. Pour quiconque l’écoute, les images défilent avec les notes, évidentes. Toujours plus symboliques, les frères règnent sur la ville dans la nuit, la même ville qu’ils continuent à regarder depuis l’extérieur sur des toits bien moins phénoménaux dans le même titre. Parce que toujours en indépendant, toujours un pied dans le hall, ils agissent comme si la conquête de Paris était si facile qu’elle ne leur importait pas vraiment.

On pense qu’on ne mérite pas les cieux

Autre Monde est la fragilité après la déclaration de guerre que constituait l’ouverture. Des nappes de vocodeur de toutes les façons imaginables, des voix en écho et une prod anesthésiante, qui semble pouvoir se moduler à toutes les torsions possibles effectuées sur le vocal. Comme le nom de l’album l’indique, la réaffirmation que c’est toujours QLF le fond du message, peu importe de quelle altitude on le délivre.

Des tracks comme Chang, Celsius ou Zoulou Tchaing  n’apportent pas grand chose au PNL que l’on connait, cet équilibre étrange entre la tristesse et la colère salvatrice. De fait, elles peuvent apparaitre assez fades à coté des ovnis que sont les quelques pistes les plus haletantes. Puis arrive Blanka, vrai premier choc quand on se baladait alors en terrain connu. A vrai dire on relève la tête autour d’1min41 quand Ademo débarque sur le refrain et que le travail de la voix ouvre une toute nouvelle version de ce qu’on s’attendait à entendre, bien plus aigue, bien moins terne qu’on aurait pu le croire, dévoilant alors une puissance inattendue.

Deux Frères est une affirmation de loyauté et déclaration d’amour fraternel à base de flashbacks et de serments. Si le titre fait son effet, il reste relativement prévisible. Comme une biographie du duo, de leur parcours et de leur construction comme entité insoluble, de rois du four aux rois de la ville.

Hasta la vista fait un drôle d’écho au Hasta La muerte de Triplego sorti il y a quelques semaines. Quand l’une tombe dans les basses l’autre accélére avec violence, on vous laisse trouver de quel cote est le soleil. Facile, maitrisée, avec un sample un peu magrhebin et un flow d’Ademo assez agressif qui empêchent le titre de devenir un simple tube pop comme 91’, elle ne fera pas l’hunamimité mais il est difficile de lui reprocher quoique ce soit de concret. Les deux frères inventent plus ou moins le raïggeaton.

Shenmue pourrait avoir ce même côté tube pop, un refrain bien mélodique et aigu, une prod légèrement edm, un flow relativement doux, taillé pour les radios et les masses, le titre manque de surprise. 

T’es pas assez sauvage t’as pas compris

Kuta Ubud se pose sur une production minimale, déroulant un tapis rouge aux deux frères dans leurs variations de flow. Le travail des paroles, leur rondeur a sans aucun doute une répercussion sur l’impression de facilité qui se dégage. En revanche l’outro vient refermer trop tôt quelque chose qu’on semble à peine avoir effleuré. La temporalité de PNL toujours aussi vaporeuse, des textes qui s’écoutent avec les yeux dans un vide enfumé et pas mal de points de suspension.

Puis vient un moment durant lequel tout s’enchaine: Menace et Deconnecté arrivent presque à la suite et mettent ce qu’on pourrait appeler un « énorme coup de pression » au rythme de l’album. Le son s’intensifie sans arrêt pendant 4 minutes et le second couplet de N.O.S en est l’apogée. L’ouverture d’Ademo fait craindre le pire sur la violence qui va se déverser de ce morceau. Et après ses deux minutes, on n’a aucun doute quant au fait que c’est un titre qui fera date dans la discographie de PNL. Les amateurs de guitare apprécieront, ceux de trap un peu moins cette instrumental tout en cordes mais les deux arriveront peut-être à la conclusion que la fusion est réelle.

La misère est si belle vient clore l’album sur une confession d’un malheur assez profond et d’une indifférence à la position qu’ils ont acquise répétée à différents moments sur l’album. « Je pense plus à Gucci pour me vêtir » qui vient rentrer en contradiction avec le « pris d’ambition devant le LV », « T’es devenue banale comme billets de 500 », 

En voyant le clip d’au DD pour la première fois m’est revenue l’image du retour de Kanye West avec The Life Of Pablo, le retour du prince de la ville comme de celui qui occupait le trône après quelques temps d’absence. Celui qui remet les pendules à l’air et réaffirme sa supériorité. Les deux albums ont peut-être quelque chose d’encore plus important que la maitrise ou la technicité des productions; ils ont une aura. Parce que la fusion entre l’instrumental et leur travail est à sa quintessence, que la même solitude vécue une fois qu’on a atteint le succès tant convoité y sont aussi bien évoqués sur l’un comme sur l’autre, les references permanentes aux débuts, qu’ils soient à Chicago ou aux Tarterets. C’est peut-être aussi ça qui fait le succès et l’universalité de ces deux albums, l’honneteté des propos, l’absence de distance entre nos yeux qui regardent la ville et les leurs. 

PNL - Deux Frères
8Note finale
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