<L’attente a été longue pour ceux qui étaient là depuis Eau Max. Longue et inexpliquée quand tout portait à croire que le succès du duo était une question de semaines dans un timing où PNL commençait alors à redessiner le rap game français. L’intitulé de ce premier album, Machakil (problèmes) est peut-être révélateur des obstacles qu’ont du surmonté Sanguee et Momo Spazz avant de réussir à finaliser cette sortie sur leur propre label, Twareg. On avait patienté bien sagement avec #EnAttendantMachakil et Mars 2019 nous a enfin livré un projet complet sur lequel fonder tous nos jugements et nos espoirs. Si l’ensemble du projet leur est fidèle et cohérent, qualitatif et toujours aussi atypique, le duo n’évite pas quelques facilités de production comme d’écriture.

Bien sur tu m’as manqué là-bas

Le titre qui ouvre l’album est le parfait représentant de l’évolution de l’ambiance dans laquelle se délecte le duo. Tu l’auras garde ces sonorités aquatiques et nostalgiques, la voix si particulière de Sanguee qui navigue entre l’arabe et le français comme entre les nappes du coup rap et des rythmiques orientales. Mais quelque chose a changé dans l’ADN du duo. Les basses se sont alourdies sur Trou Noir, Socios ou encore 3an 3an 3an, les rythmes se sont accélérés sur Panama ou Pagavinho et le temps ne s’écoule plus aussi innocemment que sur 2020 ou Eau Fraiche. Les filles sont restées, on a continué à les attendre, les quitter ou les faire pleurer mais surtout à les aimer comme sur Panama ou Hasta La Muerte. Machakil délivre aussi son lot de vrais moments de poésie, de symbiose entre les productions et les textes, des éclairs de génie quand à l’utilisation de l’espagnol ou de l’arabe que seul le duo sait maitriser à ce point et qui fait toute leur aura.

Faisons comme si la vie était belle

Il y a toujours eu chez quelque chose de sombre au coeur du discours de Triplego même quand les productions suintent le soleil mais Machakil dévoile un facette un peu plus désenchantée encore qu’auparavant sur des sons comme Trou Noir, Die ou Tu l’auras. Il y a bien eu les premiers singles pour faire part de ce désenchantement, RIHANNA et Hasta La Muerte sont assez représentatifs de ce qui habite Sanguee et de ce qui fait du duo un affilié de PNL dans une grande partie des critiques. Il y a assez de rythme dans les productions pour se permettre de rapper sans conviction et sans illusion, sans non plus se donner la peine d’accessoiriser ou d’agrémenter son parlé de quelque fioriture. Mais sur des titres comme Socios, on ne peut s’empêcher de penser qu’ils ont cédé un instant à la facilité tant la production comme les paroles sont grossièrement conçues pour être un banger. Les paroles de l’intégralité du projet ne donnent pas non plus entièrement satisfaction et le recours aux gimmick peut parfois apparaitre comme un automatisme peu subtil.

Le duo délivre un très bon album, d’un genre dont ils sont à la fois les seuls ambassadeurs et donc les plus aboutis. S’il n’y aucun doute sur le fait que Machakil est un excellent projet qui restera une bonne partie de l’année dans les oreilles de ceux qui les connaissaient déjà, ce sont aussi sans doute ces derniers qui auront peut-être quelques réserves. Pour les autres c’est une excellente porte ouverte sur leur monde, peu de chances d’y rester insensible si on a un coeur tant la noirceur comme l’amour sont des thèmes universels.
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Triplego - Machakil
7Note finale
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