Il y a presque exactement un an au milieu de l’hiver sortait une petite bombe dont la froideur n’avait alors rien d’inappropriée. Pour ce petit coup d’éclat polaire on pouvait remercier Glam boy aka Derek Wise et 88camino, nouvelles pépites made in Toronto sous le nom de 88Glam. Appartenance des plus revendiquées, puisque signés sur le label de Drake, XO, le premier titre à attirer l’attention, « 12 », une fois clippé laissait entrevoir The Weekend et le seul featuring de l’album était Nav, lui aussi sur XO. Sur ce second projet c’est encore très largement un casting de producteurs locaux que l’on retrouve: Moneymusik, Pro Logic… Une petite hype plus tard le duo n’a pas changé d’ambiance, pas non plus de schéma mais s’est étoffé et assume plus concrètement son influence américaine.

L’album s’ouvre sur Purple baguettes, suite logique du premier projet. On y retrouve la signature bien identifiable du duo: assez lent pour être triste, nostalgique mais technique, avec la rage contenue qui satisfait les amateurs du rap game plus assumés. Il n’y a rien de compliqué, rien d’inaccessible dans ce que propose le duo de Toronto. Mais s’il y a tout pour plaire au grand public comme à une sphère de diggers, à aucun moment cette apparente facilité ne transparait comme de l’amateurisme dans le travail du duo. Le travail de production est phénoménal, la symbiose parfaite entre des instrumentales exigeantes dans la pure tradition de beatmaking et des vocals toujours plus sinueux et ouatés construit une atmosphère complète qu’on nous livre clef en main.

Last year this shit was different, used to go out, count my drinks

Sans renoncer aux thèmes classiques du rap, 88Glam réussit à les rendre moins vulgaires pour ceux qui y sont réticents et plus personnels pour ceux qui les écoutent pourtant en boucle. Ce sont encore les intéressés qui en parlent le mieux en décrivant leur musique comme « fun but sinister, kind of like an abandoned amusement park ». Et dans une certaine mesure il faut connaitre le froid et les jours sans soleil pour créer une telle musique, il faut connaitre la lenteur que celui-ci impose et le cloisonnement auquel il nous réduit. Les lumières de l’hiver, celles retranscrites par ces néons que l’on retrouve sur la pochette de 88Glam comme de 88Glam2. Les deux albums sont assez identiques à ceci près que l’intervention de producteurs comme Take a daytrip ou Gunna apportent parfois à ce deuxième opus une facette un peu plus américaine. 

Pour réussir à définir l’identité sonore du duo il suffit de se pencher un peu sur les historiques de quelques uns des membres ayant participé à cet album: Dez Wright, le fidèle Alexonweed ou Joseph l’étranger. Tory Lanez et 6Lack ne sont jamais loin, 070 Shake et PARTYNEXTDOOR, Trippie Red finissent par rejoindre le cercle d’influences et de la bouche du duo, Kid Cudi, Atlas Sound ou Ariel Pink viennent ajouter la touche pop qui rend le tout si évident.

Un casting qui à grands coups de refrains accrocheurs et les lourdes boucles de 808 semble paver le chemin parfait du succès. On retrouve NAV, déjà présent sur le premier album, puis Gunna comme seuls invités. Nav se charge du côté banger, Gunna de la balade aux basses peu subtiles.

A lot to be done but we’re saying less 

Kitchen Witch, Lil Boat ou ENDZ se détachent du lot en testant des variations de flow ou une agressivité qui monte en grade par rapport au projet précédent. Kawasaki a aussi quelque chose de différent, de plus chanté et pour une fois la complémentarité des deux membres du duo se construit en opposition. Les refrains s’adoucissent, les back up sont plus vaporeux mais les couplets s’endurcissent, dans le contraste mis en évidence par la construction du morceau on retrouve tout ce qui fait l’identité 88Glam.

Il y a beaucoup à parier pour que cet album soit le dernier du duo dans un semblant d’underground. Un présage de ce futur radieux? Les crédits de production de ENDZ qui font apparaitre le nom de Noel Zancannella. A son actif vous pouvez par exemple trouver l’album 1989 de Taylor Swift ou quelques une des titres de OneRepublic, B.o.B ou encore Maroon 5 avec lesquels on vous harcèle. Si l’homme n’a peut-être pas le meilleur libre arbitre du monde, il faut lui reconnaitre un certain génie qui transparait dans cette interminable boucle qui sert de production à ce titre final. 88Glam2 se cloture donc comme la fin d’une série dont on vous tease la nouvelle saison: une montée en pression et des promesses de lendemains toujours aussi ouatés mais encore plus épiques. 

88Glam - 88Glam2
8.5Note finale
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