Ca y est, c’est reparti, on a encore quinze ans et demi. Entre deux albums de Syracuse et plein de groupes qui sont trop fans de synth pop naze et qui font la même chose, on a trouvé un fantôme revenu tout droit des années 2008 (ciel!) et qui nous rappelle à notre existence de larve.
Cours de rattrapage : Singapore Sling, c’est un messy project tout droit venu d’Islande, et derrière lequel se cache Henrik Bjornsson, tête pensante des Dead Skeletons et Bang Gang. Ben alors, ça te dit rien ? T’étais où en 2008 ? Dans la même veine que les têtes d’affiche du Gibus de l’époque, Singapore Sling a toujours proposé une musique crade, dépressive, peinant à révolutionner le genre mais assez bien fichue pour contenter les bandes d’ados rebelles de l’époque. Quelle surprise de les voir revenir un poil plus adultes en 2015 ! On les avait déjà rangé parmi ses groupes éclairs, écoutés dans la phase torturée de notre adolescence et vite oubliés : The Dalai Lama Rama Fa Fa Fa, les têtes à claque du BRMC… Se seraient-on trompé ?

 

Youpi

Ce qu’il y a de sympa avec Singapore Sling, c’est qu’ils nous mettent direct dans une super ambiance. Clavier pas accordé, guitares dissonantes, batterie minimale et vocals dignes d’un film d’horreur… Pas de doute, c’est carrément la fête. Pourtant, Dive In, qui ouvre l’album, reste un morceau plutôt bon : il est travaillé, donne assez mais pas trop, et se concentre sur une réorganisation de voix tirées de films, qui créent une ambiance proche de ce qu’on avait pu voir chez les bisontins  d’Hawaii Samurai, par exemple.
Si seulement ça avait pu continuer comme ça…
Les trois morceaux qui suivent restent dans le même acabit : Glacés, bordélique et, il faut le dire, un peu redondants.  Try et surtout The Underground remontent un peu la sauce en se tournant vers l’époque borderline du Velvet avec White Lights / White Heat. On retrouve un univers plus acoustique, la voix est facilement reconnaissable et le rythme s’apaise.
Dying Alive rappelle sans l’ombre d’un doute le dernier album de The Soft Moon, avec le maintenant culte Far. Le rythme est plus soutenu, plus précis. La voix est d’un seul coup plus mûre, assurée. Mais ça ne dure pas très longtemps, la fin de l’album renouant avec une rythmique répétitive, des voix tellement basses qu’elles en deviennent fatiguantes, et un goût un poil trop prononcé pour les Cramps. C’est étrange, on a tendance à penser à cette vague de rock anti hygiénique que nous a apporté The Fat White Family ou Mourn, et on se demande pourquoi Psych Fuck ne parvient pas à passer de l’album moyen au bon album. Peut être que ce qui manque vraiment, c’est cette association entre différents genres musicaux qui sauvent d’une monotonie ambiante : avec Touch the leather, The Fat White Family intègre des codes garages et blues, et les catalans de Mourn renouent avec leurs amours du doom métal et du hardcore. Là où Singapore Sling revendique une influence unique et s’enfonce dans la répétition, ces autres groupes sauvent leur identité sonore en lui laissant le choix d’être multiple. L’ensemble laisse finalement un goût incertain, conséquence sans doute d’un album un peu trop long.

Sans vouloir être mauvaise langue, on aime pas ça, Psych Fuck ressemble quand même vachement au bébé autiste d’Unknown Pleasures et Experimental Jet Set, le génie en moins. Parce qu’avant toute chose, qu’on soit clairs, cet album ne va pas changer ta vie. Il n’ouvre pas des horizons de folie sur le rock alternatif d’aujourd’hui ou d’hier, il n’est pas plus crade et violent qu’un autre, mais au lieu de pleurer sur les dernières bribes de Pitchfork, on préfère se dire qu’il y en a qui essayent, quand même, de nager radicalement à contre courant, que le résultat soit bon ou pas. En dents de scie, Psych Fuck annonce une certaine prise de maturité du groupe islandais, mais qui peine à se débarasser des vieux démons du rock pathologique et un poil trop jeunot.

A écouter ici

 

 

 

Singapore Sling - Psych Fuck
5.5Note finale
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