Ca y est, c’est la fin de l’été. Cette fois, c’est clair : ce matin il a fallu mettre un pull en laine qui gratte et des chaussettes à flocons, mais qu’à cela ne tienne ! Quand la température descend, la surf pop se charge de réchauffer nos oreilles. Le nouvel EP de Dad Legs, arrivé tout droit de la Costa Mesa en Californie, sent bon le monoi, le soleil et la dépression saisonnière.

La fin du surf 

Comme tout bon EP, Calf Tats est rapide, violent, et dégénératif. Cette dernière info est cruciale. En effet, il y a plusieurs façons de construire un bon album, court ou long, mais l’effet d’apogée ou de déchéance fait toujours mouche. Ici, on commence avec un grand sourire qui va de la joue gauche à la joue droite avec le lumineux Hand on Hand. Côté influences, on a le choix : The Drums pour la ballade énergique teenage, Surf Curse pour la voix pas toujours juste et pourtant là où on l’attend, et des lyrics qui dépeignent une vie quotidienne au milieu des vagues à draguer des filles, à la manière des sales gosses de Fidlar ou des Black Lips. Le morceau est simple, efficace, et la recette n’est pas compliquée : un chanteur, un bassiste et un batteur, tous bons musiciens, qui laissent un petit sourire à la fin du premier morceau. On enchaine avec Six Set , Sick Set qui s’essaye au démonstrations surf punk, autant par le côté ultra court du morceau à la Ramones que par le choix de lignes de guitare et de basse plus brutes, plus messy, et plus colériques. Au niveau des paroles, on retrouve avec plaisir les joies du sniff de colle, du « six set » descendu en skate et du « sick set » joué dans les bars du coin.

Le troisième morceau, Out of State, se teinte déjà d’une mélodie douce amère, et de tons plus gris. Alors que la basse se fait mélancolique, la voix sussure « i hate this place / i wanna move out the state ». Plus lucide, peut être, que les précédents morceaux, Out Of State se range du côté des ballades blasées du soleil, du surf, et de ces garçons aux cheveux longs qui finalement passent plus de temps à se plaindre qu’à faire autre chose. La surprise se trouve, toujours, dans la justesse de la mélodie, et l’utilisation de codes bien connus dans un morceau sincère et qui, parce qu’il est court et partiellement instrumental, ne tombe pas dans un pathos agaçant.
Et puis il y a Surf God. C’est le dernier morceau, et c’est, en notre sens, le plus intéressant. D’abord on plonge sans respirer dans le rock alternatif languissant première qualité : une basse très douce, la voix qui râpe, qui se cogne. On pense presque à l’incroyable Hey  des Pixies : abrupt, primaire, simplissime.
Surf God est bien mené, passé en l’encre noire et au filtre à soucis, il nous laisse avec un sale goût de tristesse et de malaise qu’il est rare de trouver sur un album lambda de surf pop. On est surpris par les paroles new age plutôt bien amenées, et le contraste si frappant entre le premier et le dernier morceau. Comment explique t’on le passage de « Waves crashing / On sand /Like my hand on your hand  » à « I’m one with Earth / One with the water / Ride the current home / Master diurnal tide » ?

Chanter le soleil la tête dans le caniveau 

En fait, on vous l’avoue, c’est un peu un mystère en pâte à modeler. A vrai dire, il est de plus en plus difficile de faire du doo wop léger ou un garage solaire alors que, ben, tout commence à se ressembler. Les groupes de notre adolescence bénis se mettent à écrire des albums persos, comme Fidlar avec Too, rendant hommage au décès de l’amoureuse de Zac Carper, ou Girls qui, très vite, ont donné une dimension bien plus profonde à leur pop aérienne. C’est sans surprise que l’on constate tout simplement que nos groupes de garage préférés.. grandissent.
Dad Legs poursuivent par ailleurs avec brio leur side projet qu’ils qualifient « more earth less surf » ici, et nous offrent un bel exemple de l’évolution d’un genre qu’on à tendance à penser fermé et restreint. Avec un EP très court mais très bien mené, les trois potes aux sourires extra larges prennent le parti de laisser parler des angoisses, des peines et beaucoup de rires à travers des mélodies toujours simples, justes et très entrainantes. On attend donc le prochain album avec impatience !

 

 

Dad Legs - Calf Tats
8Note finale
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