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Sur le papier, Braids correspond au profil type des groupes qui me feraient fuir en 30 secondes. On parle de pop, on parle de pop qui parle de sentiments tout guimauves et même de féminisme, et on parle de voix de fille toute douce. Une certaine idée de l’antéchrist pour l’auditrice quotidienne de Young Scooter que je suis. Et pourtant, le groupe signe un disque à l’écriture intelligente, aux nuances subtiles et maîtrisées, aux influences plus que variées. Après un second opus déjà acclamé par la critique, le groupe canadien avait une certaine pression pour justifier le prestige récolté à l’époque. On les a souvent mis dans la même lignée que des formations comme Doldrums, Purity Ring ou encore Majical Cloudz, mais derrière ces mélodies enjouées aux allures légères, Braids aborde les aspects les plus sombres et malsains des relations hommes-femmes.

La lutte des classes

Ne cherchez pas l’étiquette, ils sont inclassables. Ce qu’il y a de bien avec ce Deep In the Iris, c’est qu’on a un album de pop avec des titres consensuels comme Sore Eyes, à d’autres moments on croit pendant un temps s’orienter vers une house acidulée et nostalgique sur Bunny Rose, et puis à notre grande surprise sur Blondie tout s’accélère. On frôle les frontières de la drum and bass sans jamais se décider à passer de l’autre côté, préférant l’ambiguïté au choix définitif. Les percussions, les basses et la voix haut perchée et assurée de Raphaelle Standell-Preston côtoient des sommets pendant un peu plus de quatre minutes, construisent une tension jouissive avant d’exploser en plein vol. Happy When pourrait paraître complètement déconnecté de Blondie au premier abord, mais les percussions s’y développent petit à petit pour en faire une sorte de suite apaisée ou bien une certaine version de la genèse du morceau précédent, quand l’urgence n’était pas si pressante mais bien plus charnelle comme le suggèrent les mots récités à bout de souffle. En fait, Braids touche à tout, choisit de ne pas choisir et arrive à créer son propre style. Sore Eyes est le parfait exemple d’un titre à l’écoute fluide et aisée mais aux niveaux multiples, dont la construction est un travail d’orfèvre tant elle manie avec brio l’art des quantifications.

Aussi sombre que de la pop

Miniskirt était le premier single de cet album et sans aucun doute un de ses grands moments. Dans le texte particulièrement, puisqu’il s’agit d’une critique intelligente et assez réaliste du slut shamming.

« I’m not a man hater, I enjoy them like cake » she humorously coos at the start, before unleashing « but in my position, I’m the slut, I’m the bitch, I’m the whore, the one you hate… It’s like I’m wearing red and if I am, you feel you’ve the right to touch me, because I asked for it »

Voici ce que chante Standell-Preston avec une sincérité et une passion qui ne laisseront personne indifférent. Dans la seconde partie du morceau, elle raconte une histoire bien plus personnelle et dramatique d’une influence masculine nocive qui lui fait tout perdre et à partir de laquelle elle a dû tout reconstruire. Au début du disque, on avait déjà abordé les thèmes de l’objectivation de la femme et d’un amour plus blessant qu’épanouissant sur Taste. « Take me by the throat/ Will you push me up against this wall/And spit all your hurt on me […] We can’t explain why/We hurt the ones we love most of all » constate froidement la chanteuse avant de se désoler du fait que chacun vive l’amour dont il se croit digne. Sur Bunny Rose intervient une voix masculine. Une voix qui pour la première fois matérialise cette figure si attaquée, si critiquée tout au long de cet opus mais qui semble pourtant parfaitement compatible avec cette féminité et cette fragilité émanant des envolées lyriques et du piano qui clôturent ce titre.

Le groupe Canadien semble avoir trouvé un drôle d’équilibre. Entre l’excitation et l’aspect dansant de ses titres, ses presque tubes et la noirceur, la gravité des thèmes abordés, il n’autorise aucun confort à son auditeur. On peut s’attaquer à cet album de plusieurs façons, selon si on choisit de se concentrer sur la musique ou sur l’écriture. On le trouvera tantôt estival, pop, agréable ou bien dérangeant, plombant voire dramatique mais toutes les oreilles attentives s’accorderont sur le talent et l’originalité qui émanent de ce projet. Braids a accouché de son meilleur projet depuis ses débuts, plus intense, plus cohérent, plus abordable sans pour autant renoncer à sculpter une identité qui leur est propre. Deep In The Iris a résolu un puzzle devant lequel beaucoup auraient renoncé et ce pour notre plus grand plaisir.

 

 

 

Braids - Deep In The Iris
8Note finale
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