A l’heure du grand come-back médiatique de feu les 80’s et de leurs sonorités plastico-tragiques, deux types de groupes se distinguent : ceux qui en font bon usage, et les autres, perdus dans les méandres bien trop complexes du combo synthé / reverb. Lower Dens nous prouve une fois de plus qu’ils appartiennent à la première catégorie en nous livrant le lumineux et non moins profond Escape From Evil, sorti le 31 mars sur Ribbon Music.

Bonjour tristesse

Il est de ces groupes qui ont pour qualité première la simple capacité de vous faire chialer pendant toute une nuit en vous faisant vous demander si vous chialez parce que vous êtes triste, ou si vous êtes triste parce que vous chialez. Lower Dens fait partie de ces groupes là, ceux qui crient la tristesse comme on crie la rage. Dès leur premier album, Twin-Hand Movement, sorti sur Gnomonsong en 2010, la formation de Baltimore avait fait des onze titres le support de quelque chose de bien plus grand : une âme, une substantifique moelle qui déjà nous avait fait nous sentir tout petit. En puisant dans la noirceur la plus profonde une sonorité lourde et pourtant aérienne, la troupe de Jana Hunter nous avait alors dévoilé un album aux croisements entre folk, rock psyché et post-punk qui annonçait la couleur en mettant en exergue ce que la nature humaine a de plus pur à offrir : de l’émotion brute.

Nootropics, sorti chez Ribbon music en 2012, suivait la même ligne directrice en démontrant de nouveau la capacité de Lower Dens à faire de leurs albums le reflet d’une époque et d’un état d’esprit, d’une obscurité constamment éclairée et d’une certaine idée de la grandeur, celle qui suinte la tristesse et les regrets. Nappes de synthés, reverb bien profonde, voix suaves et batterie sèche et discrète étaient alors de mise pour illustrer au mieux la puissance d’un groupe en pleine ascension, capable de lier le fond et la forme avec force et transcendance.

Pourtant, si les sombres lurons de Baltimore semblaient avoir trouvé leur voie dans l’ombre et la profondeur abyssale de l’hypersensibilité humaine, Escape From Evil apparaît aujourd’hui comme la lumière au bout du tunnel, en faisant resplendir une once de sérénité dans la musique torturée de Lower Dens.

Le calme après la tempête

Sans pour autant nier l’esthétique et la puissance obscure de leurs précédents albums, Jana Hunter et ses acolytes apportent avec ce nouvel opus un vent de paix sur leur musique en mettant en place une atmosphère grandiose et lumineuse à travers les dix titres d’Escape From Evil. Dès la première écoute, on est touché par la simplicité et la justesse des compositions, qui résonnent comme autant de promesses de beauté et de sérénité. Le premier titre de l’album, Sucker’s Shangri-la, illustre à merveille ce renouveau artistique où le sentiment de grandeur est omniprésent. Là est la puissance des sonorités 80’s mises en place par Lower Dens, dans cette simple grandiloquence, cette impression de joyeuse mélancolie qui nous rappelle un petit quelque chose de Siouxsie and the Banshees. Le titre phare de l’album, To Die in L.A. témoigne une nouvelle fois de cette volonté de simplicité mise en place par le groupe, tout en maintenant en éveil notre sensibilité émotionnelle. Le rapport entre la guitare aérienne et sauvage et la batterie sobre et terre à terre constitue le fondement de la chanson, jouant de cette opposition entre le rythme et la mélodie, qui se confondent et s’interpénètrent pour ne former au final qu’un seul hymne, celui d’une génération et d’un monde disparu, celui de cette modernité futuriste et passée que furent les années quatre-vingt et leurs palanquées de tubes dance et mélancoliques.

Les nombreuses similitudes que l’on retrouve dans la plupart des chansons d’Escape From Evil, loin de ramollir et aplatir l’album, mettent en place une certaine continuité, un fil conducteur qu’on prend plaisir à suivre, en se demandant avec intérêt par quels moyens de génie les membres de Lower Dens vont persévérer dans leur recherche de sonorités retro tout en innovant à chaque morceau. C’est donc nous livrant dix perles de compositions toutes plus plaisantes les unes que les autres que le groupe de Baltimore démontre une fois de plus son talent et verse dans nos oreilles une rasade de bonheur tout en prouvant au monde entier que oui on peut évoluer musicalement sans se foutre en l’air.

Lower Dens - Escape From Evil
8.5Note finale
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