Two Cycles & A Little More de Regal sur Qobuz


 

 

La première chose qu’on apprend sur les braves garçons de Regal, mis à part leur capacité à écrire des chansons qui vous donneront envie de boire un maximum de bières tièdes en un minimum de temps, c’est qu’ils se sont tous les trois rencontrés sur World of Warcraft. De là à dire que leur goût pour la baston de nains magiques se retrouve dans leurs albums il n’y a qu’un pas, et le particulièrement gratiné Two Cycles & A Little More illustre assez bien cette idée. 

Prolifération belge

Sorti sur Born Bad Records le 30 mars, l’album s’inscrit dans la grande lignée du garage californien (pour des mecs qui habitent à Chercq en Belgique, c’est plutôt une réussite) et fait suite à toute une palanquée d’albums garago-punk bien jouissifs sortis tantôt sur Azbin Records (Misery, Redemption and Love en 2013) tantôt sur Frantic City (Possible Endings en 2012). Les Belges de Regal n’en sont donc pas à leur coup d’essai, et ont même réalisé en décembre 2014 un split LP avec J.C. Satàn intitulé Ballades à La Barrière et sorti sur Azbin Records. Si les albums précédents de Regal nous ont plongé dans une profonde méditation intellectualo-spirituelle de laquelle n’était sortie que cette conclusion : « Putain ça défonce ! »,  Two Cycles & A Little More nous dévoile une facette plus profonde de nos biens aimés Belges en mettant en avant leurs talents de compositeurs. En basant leurs chansons sur un rapport voix / guitare qui fait frissonner et nous rappelle la frénésie des premiers albums des désormais cultes Thee Oh Sees, il suffit d’écouter le neuvième titre de l’album Fuk Out pour comprendre, Regal réussi le pari de mélanger influence et innovation et nous livre un album solide et addictif.

 

Smoke gets in your eyes

Le premier titre de l’album Big Smoke montre que si le garage reste un genre musical principalement destiné aux ados et aux célibataires de trente ans qui ont toujours du mal à faire rentrer les spaghettis dans une casserole trop petite, les mecs qui en écrivent les chansons sont pour la plupart vraiment doués. Comme pour la majorité des titres de l’album, Big Smoke repose essentiellement sur ce rapport entre la voix toujours doublée, tremblante, presque nasillarde qui rappelle celle du californien Seth Bogart, alias Hunx, et la mélodie de la seconde guitare, douce et presque folk. C’est ce travail de composition, où douceur et fermeté se mêlent, qui fait de cette chanson la digne représentante d’un album et d’un groupe qui ne reste pas coincé dans un genre précis et étroit mais tente réellement d’ouvrir sa musique à des sonorités diverses et variées. Preuve en est, la façon dont le groupe convoque à la fois un univers country-folk qui sent bon les champs de blé et le grand air, et la lourde noirceur d’un garage-rock râpeux qui pue l’urine et les bouteilles remplies de liquides douteux. Là réside la force de Regal, dans ce mélange, ce jeu d’ombre et de lumière, de clair-obscur, sublimé par la qualité des compositions et la construction simple et efficace des morceaux.

C’est cette construction, qu’on retrouve en particulier dans la poétique et délicieuse Inconstant Time enregistrée avec la chanteuse de leurs potes J.C. Satàn, qui fait de Two Cycles & A Little More un album qui, sans tomber dans le cliché, reprend les codes d’un genre bien trop souvent maltraité pour remettre à neuf ce que le garage rock à de mieux à nous offrir, à savoir un peu de bonheur et une foutue envie de danser sans s’arrêter.

 

Regal - Two Cycles & A Little More
8.5Note finale
Avis des lecteurs 3 Avis
4.9