Por Vida de Kali Uchis sur Soundcloud


 

Parfois, on a un peu de mal à comprendre l’internet. Comme par exemple la fois où il a fait de Jhené Aiko une star (avec un peu d’aide de Drake mais tout de même) à partir d’un potentiel plutôt mince. Ou cette fois où il s’est acharné sur Iggy Azeala en lui reprochant tout un tas de choses qui n’avaient rien à voir avec son talent, certes limité. Du coup, quand plus d’un mois après sa sortie officielle on découvre l’EP Por Vida de Kali Uchis, on blâme bien facilement l’internet dans ses choix d’intronisation. Pourtant le parcours est celui d’une élève modèle : une bénédiction par le père du cool lui-même, Snoop Dogg dans une interview pour Dazed avant de signer une belle collaboration, l’attention des médias les plus cools comme Hypetrak et une première mixtape, Drunken Babble, d’une qualité non négligeable qui nous présente un univers visuel que tout le monde, de Diplo à l’intégralité de la communauté Tumblr, s’empresse d’idolâtrer. Mais c’était il y a déjà deux ans que Kali postait ses premiers titres sur Soundcloud et ce nouvel EP, Por Vida, n’est toujours pas le gros succès qu’elle mérite amplement. Ce n’est pas faute d’avoir sorti l’artillerie lourde.

Luxurious

Si elle n’a pas atteint les playlists de millions de personnes comme ses camarades de jeu (on pense à la très talentueuse Tinashe ou encore la fulgurante Doja Cat), elle a tout de même réussi à s’attirer les faveurs de quelques grands noms de qualité. Le très hype Kaytranada, le trio canadien BADBADNOTGOOD ou encore le sale gosse Tyler, the Creator laissent donc leur patte sur trois des neuf pistes qui composent cet EP. La plupart des autres morceaux sont produits par Alex Eton plus connu sous le patronyme XXXChange et son travail de producteur notamment pour Spank Rock. Derrière tous ces artifices et ces nuages pastels dans lesquels la jeune femme aime à se représenter, il y a donc une vision clairement orientée et un carnet d’adresse bien affiné qui traduit sa volonté de persévérer dans la construction d’un univers très personnel. Le tape-à-l’oeil comme marque de fabrique et une attention pour les détails font de son look un élément fondamental de l’aura de ses titres. Ainsi, un titre comme What They Say prend une toute autre dimension une fois accompagné de ce clip mettant en avant ces girls gone bad dans la nuit estivale. Belles voitures, armes et chaînes en or; voilà un nouvel indice sur ses sources d’inspiration. Les références sont aussi diversifiées et chargées que les visuels qui l’accompagnent mais étonnement plus distinguées que ces faux-ongles, lunettes teintées ou crinière hyper-oxydée auraient pu le laisser présager. La jeune femme revendique donc une admiration sans faille à l’égard de Billie Holiday tout en confirmant l’hypothèse plus évidente d’une influence signée Gwen Stefani. Mais il faut voir plus loin que les frontières américaines si l’on veut comprendre Kali Uchis, il faut passer du côté de la Colombie pour avoir une idée complète de ce qui fait son charme.

Songs for distingués lovers

Si l’esthétique américaine est exacerbée dans ses mises en scène, dans son chant et ses choix d’instrus, la jeune femme fait la part belle à son héritage exotique que ce soit directement dans la forme en choisissant l’espagnol comme par exemple pour les chœurs sur Rush ou bien dans un tempo résolument hanté par un esprit ensoleillé à la force tranquille (et très possiblement sous influence) qui sent bon le reggae sur une piste comme Know What I Want. Attention tout de même à ne pas se laisser berner par le sentiment de chaleur qui se répand progressivement à l’écoute de l’EP : Kali ne voit pas la vie qu’à travers un prisme rose acidulé. On parle donc principalement de relations mais surtout de féminisme et de confiance en soi. Sur Speed, elle décide donc de prendre les rênes après avoir désespérément attendu que l’objet de son désir réalise que les cartes étaient dans ses mains. Le morceau signé Tyler, the Creator se rapproche de l’ode de séduction parfaite sur un beat discret mais tellement efficace. Sur Ridin Round elle choisit de s’illustrer dans une ambiance gangsta et déclare le plus calmement du monde une menace à la Suge Knight : ‘Baby, understand, I don’t need a man / Fuck me over, I’ll fuck you worse then take off to Japan’. Que dire enfin de cette ligne sur Know What I Want à en faire palir tous les amateurs de diss tracks post breakup (Chris Brown, elle est pour toi celle-là) : ‘All up in my phone, Boy leave it alone/ And I’m learning, Now I know/ Should have left your ass in the friend zone’. A l’opposé, vous trouverez des titres intimistes et fragiles comme Sycamore Tree ou Loner qui ouvrent et closent respectivement ce Por Vida, des productions beaucoup plus minimalistes, nostalgiques et cotonneuses mais tout aussi réussies.

Il y a tellement de noms qui viennent en tête à l’écoute de ce projet. On pourrait aller voir du côté d’Amy Winehouse comme on pourrait invoquer Lana Del Rey, mais ça serait oublier tout un pan de la palette de Kali Uchis plus évocateur d’une artiste comme Dej Loaf. Et même après ce rapide inventeur il faudrait encore se pencher sur son côté r&b qu’elle semble également maîtriser à merveille. Ne vous arrêtez donc pas au visuel un poil too much et aux poses de sirène, derrière tous ces artifices il y a une voix et un talent bien trop purs pour continuer à passer inaperçus.

Kali Uchis - Por Vida
7.5Note finale
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